Etre porteur d’un handicap et travailler à l’international

Etre porteur d'un handicap et travailler à l'international

Synthèse de quelques réflexions à ce sujet...

Source fondamentale :
Entretiens avec un responsable de l'association "Handi-Sup",
pour l'insertion professionnelle des personnes handicapées


18-30 Insert-Export a choisi de contacter Handi-Sup, oeuvrant activement pour l'insertion universitaire et professionnelle, et plus largement pour le bien-être des personnes handicapées. En effet, nous avions pensé qu'une partie de leurs adhérents, étudiants en recherche de stage ou chercheurs de postes, pouvaient être formés pour travailler à l'international, ce qui fut le cas.
Certains d'entre eux ont une formation d'Assistant Export, ou d'autres profils -tels que ceux de traducteurs interprètes, assistants de gestion de PME, juristes...- permettant de travailler à l'international. Les responsables de 18-30 Insert-Export entendent par débouchés "à l'international" : l'ensemble de emplois réalisés dans un cadre international, c'est-à-dire dans une entreprise exportatrice en France ou dans une entreprise française à l'étranger, ce qui dépasse de loin les postes du seul service export.

Il est fréquent que les personnes handicapées soient présentées avant tout sous l'angle des difficultés qu'elles ont à affronter. Nous ferons aussi référence à celles-ci, car on ne peut ni en faire l'économie ni les occulter. Cependant nous avons choisi d'insister sur des aspects moins connus les concernant, que le responsable d'Handi-Sup a su nous mettre en lumière, à savoir : les nombreuses possibilités d'adaptation des postes de travail; toutes les aides associatives existantes pour faciliter leur recrutement; et, surtout, les multiples capacités et même les plus-values que les personnes handicapées peuvent apporter aux entreprises, y compris "à l'international".

Nous allons à présent tenter d'étayer ces idées, développées par M. Patrier, Chargé de mission à Handisup dont les citations seront mises entre guillemets.

Il est certain que les personnes handicapées rencontrent souvent de réelles difficultés d'insertion professionnelle, peut-être à fortiori quand elles envisagent de travailler "à l'international".
Les adhérents d'Handi-Sup ont des handicaps divers et plus ou moins lourds. Une partie d'entre eux sont mal-malvoyants, d'autres ont un membre paralysé ou une mobilité réduite...
Or le problème de la mobilité réduite, en particulier, peut se poser avec acuité lorsque l'on souhaite travailler dans un cadre international (cf dans un service export) où les recruteurs exigent souvent une mobilité... internationale ! Ainsi, par exemple, un étudiant membre d'Handi-Sup formé en Langues Etrangères Appliquées, mal-voyant, n'a pas pu passer le permis et se voit obligé de se "cantonner à des postes très sédentaires".


-> Des difficultés réelles, mais une insertion professionnelle à l'international tout à fait possible...
En la matière, quels sont les moyens et les acteurs de l'insertion professionnelle des personnes handicapées ?

En ce qui concerne les facteurs susceptibles de rendre cette insertion professionnelle possible et de la favoriser, on peut faire référence aux éléments suivants :
- une meilleure connaissance par les employeurs des handicaps et des compétences des personnes handicapées pourraient leur permettre de mieux cerner la compatibilité voire la complémentarité existantes entre le handicap et l'efficacité professionnelle;
- leur insertion peut aussi être facilitée par une simple adaptation des outils de travail (cf télétravail) et des postes (cf une personne en fauteuil roulant ne peut-elle pas être Webmaster ?). Dans l'ère d'Internet, de nombreuses fonctions de nature internationale peuvent être effectuées en restant "face à un ordinateur".

Un exemple choisi d'interventions actives pour faciliter leur insertion professionnelle, celle d'Handi-Sup (présentation non exhaustive) :
recherche des aides fincières au recrutement; organisation et garantie du déplacement des personnes à mobilité réduite; analyse des compétences et information sur celles-ci, etc...

Tout ceci contribue bien sûr, ou contribuerait, à faciliter l'insertion professionnelle "à l'international", et en général, des personnes handicapées.
Pour reprendre l'exemple ci-dessus : ne peut-on pas envisager que le jeune homme formé en LEA soit recruté par un employeur d'entreprise exportatrice, souhaitant utiliser des compétences qu'il aura évaluées pour lui faire effectuer, de façon sédentaire, du télétravail pour gérer les relations avec les importateurs ?



-> Et un recrutement pouvant apporter une plus-value aux entreprises...
Le Chargé de mission à l'association Handi-Sup a souligné, à ce propos, ce que l'on peut considérer comme un trait caractéristique de la plupart des personnes handicapées, très constructif dans un cadre professionnel.
Elles font habituellement preuve, nous dit-il, d'une très grande "motivation" et d'une aussi forte "détermination". Par exemple, une personne mal-entendante a réussi à débuter une belle carrière dans une banque (elle est Responsable Marketing), grâce à ses compétences, mais aussi car elle s'est toujours montrée très "volontaire" et "déterminée". Pour corroborer cette idée, basée donc sur les observations quotidiennes d'un professionnel de l'accompagnement des personnes handicapées, il est fait mention des statistiques sur l'absenteisme, qui révèlent un taux de présence nettement plus élévé chez les personnes handicapées.

Cette qualité presque intrinsèque leur permet, conclue-t-il, de représenter un véritable "ciment pour les équipes", de par leur volontarisme et leur "exemplarité".
Les personnes handicapées peuvent donc enrichir professionnellement une entreprise exportatrice comme tout autre type d'entreprise ou de structure.

A titre complémentaire, je me permettrais d'apporter mon témoignage, étant formée pour travailler à l'international (voir mon cursus, présenté avec celui de M. Forgeron cité ci-dessous) et étant également porteuse d'un léger handicap.
Je le considère comme mineur comme il ne sagit que d'une surdité de l'oreille gauche, mais il bien réel et n'est pas dépourvu de conséquences professionnelles, que je vais tenter de vous résumer ci-après.
Les personnes qui entendent mal s'entendent mal, et pendant longtemps j'ai eu de plus peur de crier comme le font parfois les personnes sourdes. Ces deux éléments combinés avaient la répercution suivante sur ma voix : j'éprouvais des difficultées à poser ma voix et surtout à gérer le volume auquel je parlais, qui était souvent bien trop bas. Cet état de fait n'avait par exemple pas simplifié, il est vrai, la réalisation de mes fonctions d'interprète auprès des partenaires européens d'un centre avec lequel je travaillais : face aux propos projetés de vive voix par les collègues irlandais, mes traductions s'apparentaient parfois à de timides chuchotements !
Le Directeur m'ayant fait remarquer ce problème... que j'avais du mal à entendre (!), j'ai alors décidé de "prendre les choses en main" et de consulter une orthophoniste, afin de compenser au maximum cette gêne professionnelle. Je ne souhaite pas me vanter des démarches ainsi réalisées, mais on pourrait dire, simplement, que l'existence de difficultés incitent à les assumer et à apprendre à les gérer.
Au bout d'un certain nombre de séances chez l'orthophoniste, que je prenais à 8 h. du matin afin de pouvoir mener avec "détermination" ma recherche d'emploi dès 9 h., je me suis rendu compte que j'étais à présent capable de me faire très bien entendre par un groupe de 30 personnes dans un grande salle avec des bruits de fond ! Je n'ai pas hésité à parler de ce travail personnel lors d'entretiens d'embauche (ayant "bien marché"), en tant que preuve d'une aptitude, là encore sûrement fréquente chez les personnes handicapées, à "prendre à bras le corps les difficultés" et à les surmonter.

Monsieur FORGERON, adhérent à 18-30 Insert-Export diplômé de l'Ecole Supérieure de Commerce (voir sa page Web avec son CV), vous apporte aussi son témoignage ci-après (voir ses expériences professionnelles en tant que reponsable, en particulier, de missions Marketing à la ONCE en Espagne).
Son témoignage éveille également l'attention sur le niveau des fonctions qu'une personne handicapée est à même d'exercer, y compris à l'international...



Pour conclure sur ces réflexions concernant le recrutement "à l'international" des personnes handicapées, on insistera sur les points suivants :


Une partie d'entre elles ont une formation appropriée pour travailler à cette échelle; le recrutement de personnes au handicap léger est similaire à un recrutement ordinaire, et les difficultés engendrées par l'embauche d'une personne au handicap plus lourd peuvent être tout à fait gérables grâce aux aides et adaptations possibles; de plus "le Web" est un outil privilégié du travail à l'international, que de nombreuses personnes handicapées sont à même d'utiliser; enfin elles ont souvent des qualités de détermination et de combativité fort utiles dans un cadre professionnel...


Il a été envisagé que nous développions, avec Handi-Sup, un partenariat visant à favoriser le recrutement des personnes handicapées formées pour travailler à l'international. Cette collaboration pourrait se traduire par l'envoi de CV des adhérents d'Handi-Sup, dans le cadre de notre CV collectif envoyé à plus de 500 PME exportatrices auvergnates. Les modalités concrètes de cette éventuelle coopération seront définies lors d'un prochain entretien...


Vous pouvez contacter, si vous le souhaitez :

Monsieur PATRIER, Chargé de Mission à Handi-Sup
Maison de la Vie Etudiante
24 Av. des landais
B.P. 70246 63175 Aubière
Tél.:04 73 40 79 96
Fax.: 04 73 40 52 00
Emmanuel.PATRIER@univ-bpclermont.fr

et
Stéphanie GOMEZ, à 18-30 Insert-Export, rédactrice de cet article
contact@insert-export.com